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MORINEAU Henriette (Niort, France, 1908 - Rio de Janeiro, Brésil, 1990), comédienne, metteure en scène et directrice de compagnie brésilienne.

 

Henriette Fernande Zoé Morineau est française par la naissance mais brésilienne par la profession et le cœur. Attirée par la littérature dès le collège, elle commence à interpréter les textes qu’elle lit en classe. En 1926, elle étudie l’art dramatique à Paris, avec Henry Mayerque, de la Comédie Française. Grâce à lui, elle entre l’année suivante au Conservatoire. En 1928, elle participe à quelques excursions théâtrales en France, Belgique, Suisse et Afrique du Nord avec d’autres acteurs. Mais c’est à Orléans qu’elle rencontre son futur mari, George Morineau, auquel les médecins recommandent de partir vivre sous un climat tropical. Le couple choisit le Brésil où il s’installe en 1930.

 

C’est à partir de cet « accident du destin » qu’Henriette Morineau débute ses activités artistiques en terres brésiliennes. En 1939, elle participe à un récital  à l’Association Brésilienne de Presse, où elle inaugure, l’année suivante, un cours de déclamation.

 

En 1942, elle se joint à l’excursion de la Compagnie Louis Jouvet en Amérique du Sud et participe à cinq pièces : L'Annonce Faite à Marie, de Paul Claudel, Tessa ou La Nymphe au Cœur Fidèle et Ondine, de Jean Giraudoux, Léopold le Bien Aimé, de Jean Sarmont, et le Dr. Knock, de Jules Romains. Henriette décide alors d’ouvrir un cours de déclamation au Conservatoire Brésilien de Musique.

 

La première mise en scène d’Henriette Morineau date de 1943 : elle travaille pendant deux années dans les compagnies de l’actrice française Raquel Berendt et de la brésilienne Bibi Ferreira*, et y dirige sept spectacles au total. C’est aussi avec Bibi Ferreira qu’en 1944, Henriette joue un rôle pour la première fois en portugais. En 1946, elle fonde la compagnie Os Artistas Unidos, dont elle est la directrice mais aussi le metteur en scène sans jamais cesser d’être comédienne. Elle reçoit la même année le prix de meilleure actrice par l’Association brésilienne des critiques de théâtre, ABCT et met en scène O Pecado Original, de Jean Cocteau. La fin des années 1940 correspond à une activité intense : Henriette joue sous la direction de Ziembinski, dans Uma Rua Chamada Pecado, une adaptation de Un tramway nommé Désir, de Tennessee Williams ; elle inaugure le Théâtre Brésilien de Comédie, TBC de São Paulo, avec le monologue de Cocteau, La voix humaine. Madame Morineau, comme on l’appelle maintenant, est considérée comme une dame du théâtre brésilien et tous les jeunes acteurs de talent veulent entrer dans sa compagnie : Jardel Filho, Fernanda Montenegro*, Beatriz Segall. La compagnie donne son dernier spectacle en 1959. Henriette Morineau travaille dans les années 1960 au Teatro dos Sete, puis au Teatro Oficina, une des plus importantes compagnies de cette période.

 

De 1963 à 1971, elle fait plusieurs voyages au Portugal, envoyée par le Ministère brésilien des affaires étrangères : elle y donne des cours au Conservatoire, met en scène et interprète des auteurs brésiliens et étrangers. Au cours des décennies suivantes, elle continue la mise en scène  avec une fréquence moindre et la comédienne poursuit sa brillante carrière dans des rôles classiques et modernes : Coriolano (Coriolanus), de Shakespeare, Dr. Knock, de Jules Romains, une participation dans Bonitinha, mas Ordinária, de Nelson Rodrigues, dans un rôle écrit pour elle et elle connaît un vrai triomphe, en 1981, avec  Ensina-me a Viver [Harold et Maude], de Colin Higgins. Ce dernier spectacle est interrompu par les problèmes de santé de la comédienne qui l’obligent à réduire son rythme de travail.

 

Henriette Morineau inaugure au Brésil une mise en scène différente, une conception totale du spectacle qui s’appuie sur la formation des acteurs, dans un exercice pratique de construction du spectacle. Grâce à des répétitions exhaustives et presque sans un mot, la metteure en scène guide les acteurs et leur enseigne, par son exemple de comédienne, des principes fondateurs comme la discipline, la concentration et la persévérance. Elle aimait à dire qu’un comédien se forme sur scène, où il doit parvenir à articuler l’œuvre dramatique avec ses propres ressources expressives.  Disparue en décembre 1990, Henriette Morineau reste un grand nom du théâtre brésilien qui conserve ses enseignements avec orgueil et admiration.

 

Vidéo réalisé par la Funarte


 

Images du film "Presença de Anita" de 1951

 

 

Ref. www.itaucultura.org.br; ARTISTAS Unidos. Rio de Janeiro: Funarte / Cedoc. Dossiê Grupos e Companhias ; MAGALDI, Sábato e VARGAS, Maria Thereza. Cem anos de teatro paulista. São Paulo, Ed. Senac, 2000 ; MORINEAU, Henriette. Rio de Janeiro: Funarte / Cedoc. Dossiê Personalidades Artes Cênicas; PRADO, Décio de Almeida: Apresentação do Teatro Brasileiro Moderno, São Paulo: Martins, 1956.

(FA-IMFS)