Numéro 2
Le spectacle de l’histoire / Le spectacle dans l’histoire
Nous avons souhaité croiser cette question de la prolifération du spectaculaire avec la question de l’histoire, elle-même fiction de vision créée par des récits conçus et écrits pour « faire voir », pour amener le lecteur à se représenter le passé. Jeu de miroirs et de regards : ou de comment l’histoire se donne en spectacle ou encore comment celle-ci agit sur le spectacle.
Se donner en spectacle à soi-même d’abord, c’est bien la raison d’être de certains sports que les classes privilégiées choisissent et pour lesquels elles construisent de somptueux ‘théâtres’ : Jean-Pierre Blay illustre parfaitement le jeu de miroirs entre spectacle et histoire avec l’exemple des hippodromes qui évoquent le spectacle sportif et la fête mondaine de 1860 à 1926 à Rio de Janeiro.
Mais lorsque l’Etat lui-même se mêle de transformer le pays tout entier en spectateur de lui-même, c’est la liberté – celle des corps comme des esprits – qui est en jeu et en péril. Ce fut le cas fort singulier de la dictature de Salazar dont Luís Reis Torgal présente la stratégie pour procéder à la « (re)conversion » des institutions et des hommes à son image. Graça Dos Santos poursuit en évoquant le modèle festif et la mise en scène des corps, opérés par le pouvoir salazariste. Le texte de Ana Cabrera, enfin, analyse la censure dans la période de l’après-Salazar, confiée à son dauphin, Marcello Caetano, à partir de 1968, pendant laquelle la pression sera maintenue sur les milieux culturels avec des effets néfastes sur la scène portugaise. D’un Estado Novo à l’autre, du Portugal au Brésil, la censure maintient le pays en tutelle, comme le montre Roseli Figaro qui analyse la façon dont l’Etat brésilien a corseté la production culturelle d’expression populaire sous le gouvernement Vargas et durant les années de dictature militaire, de 1964 à 1984. Et la révolte d’un Glauber Rocha, cherchant à briser la traditionnelle représentation de l’histoire, dans le film História do Brasil, passe, selon l’étude de Sylvia Nemer, par la remise en scène parodique et le jeu du récit historique, afin que l’image parvienne à démystifier le mythe.
La contemporanéité apporte de nouvelles incertitudes qui remettent en question, dans une société portugaise démocratisée et, comme d’autres, dominée par la culture de masse, le rôle du théâtre et du spectacle dans la cité, à travers la trajectoire du théâtre do Nord-ouest (à Viana do Castelo) analysée par Helena Santos. Etat des lieux de la recherche et ouverture de nouvelles perspectives, l’ensemble des études du dossier définit un cadre de réflexion, suggérant pistes et développements nouveaux… à suivre donc.
Ce numéro 2 est complété par une section Varia, où Ana Paula Arnaut trouve sa place avec une étude pointue sur L’Archipel de l’Insomnie, qui l’amène à questionner la place de cette œuvre de António Lobo Antunes - clôture d’un cycle ou ouverture d’un nouveau cycle ?- tant les thème et les obsessions de l’auteur y sont récurrentes.
Comme dans le n°1, Plural Pluriel choisit d’offrir un poème à ses lecteurs : Poema para Sara, de José Miguel Braga, outre le plaisir des mots, semble un appel à suivre une lente déambulation poétique autour des variations de la présence et de l’absence.
Les comptes rendus de publications récentes présentent trois œuvres liées au Centre de recherches interdisciplinaires sur le monde lusophone - CRILUS - et un ouvrage dirigé par Regina Dalcastagné.
Deux thèses, fort différentes, sont résumées par leurs auteures : l’une, de Tereza de Almeida Marques Caillaux (Paris Ouest Nanterre La Défense) s’attache à la mémoire des ‘invasions françaises’ au Portugal ; l’autre, celle d’Agnès Levêcot (Sorbonne Nouvelle) est consacrée à la littérature portugaise contemporaine.
Plural Pluriel espère rester digne de l’intérêt que lui ont déjà manifesté des milliers de lecteurs et, bien entendu, en conquérir d’autres.
Idelette Muzart – Fonseca dos Santos
&
Graça Dos Santos
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