Les voix migrantes : la littérature de cordel à la Feira de São Cristóvão, Rio de Janeiro (1940-2010)

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Sylvia Nemer

 

1. La foire des migrants du Nord-Est au Campo de Cristóvão1

 

La Feira de São Cristóvão, point de convergence entre le Nord-Est du Brésil et la ville de Rio de Janeiro, s’est tenue pendant plusieurs décennies au Campo de São Cristóvão devenu, par la suite, un lieu de rencontre des migrants nordestins avec leurs compatriotes ainsi que de consommation de mets, de boissons, de jeux, de chansons et d’objets propres à leur région.

 

La foire, installée actuellement à l’intérieur du Pavilhão de São Cristóvão, apparaît entre 1940 et 1950 sur la place où se situe ce bâtiment – le Pavilhão - en construction à l’époque2. Cette période a été marquée par un flux importants de travailleurs pauvres du Nord-Est venus vivre dans les grandes métropoles urbaines du Centre-Sud du pays, là où se concentraient les capitaux financiers, les industries et les offres de travail.

 

La ville de Rio de Janeiro a été l’une des destinations-cible de ce processus qui s’est accentué avec les programmes de développement du gouvernement, la publicité propagée par les médias et, surtout, le travail des migrants du Nord-Est. Cette force de travail exercée par le migrant nordestin représentait non seulement la pièce principale de l’engrenage dans la construction de la moderne métropole carioca, mais elle devenait synonyme de honte pour les habitants de la capitale brésilienne.

 

Ce sentiment était provoqué par l’insatisfaction des cariocas qui acceptaient mal ce grand nombre de migrants vers leur ville : les cariocas, immergés dans un environnement moderne et cosmopolite, voyaient ces nouveaux arrivants comme l’expression concrète du « retard » de la plus grande partie du pays à cette époque3.

 

En tant que Capitale Fédérale, la ville de Rio de Janeiro, considérée comme la vitrine du progrès de la nation, aurait dû représenter un modèle de ce que le « Brésil, pays du futur »4 deviendrait plus tard.

 

Cette vision était encore accentuée par les revues les plus lues par la société carioca, dans lesquelles les images de ce qui était considéré comme moderne montraient des scènes de passants dans les rues, de voitures en circulation frénétique, de grands bâtiments, de plages et de femmes en maillot de bain et en pantalon5.

 

Les migrants du Nord-Est6, exclus des lieux fréquentés par l’élite mais responsables de la construction de ces mêmes bâtiments qui transformaient peu à peu le paysage de la capitale, ont commencé par s’installer dans les quartiers les plus anciens et dévalorisés de la capitale.

 

O Campo de São Cristóvão
É palco de tradição
Dos primeiros
nordestinos
Que deixaram seu torrão
Sua família querida
Vieram tentar a vida
Viajando de caminhão (Santos, Azulão, s/d, p. 1)

 

Le Campo de São Cristóvão, autrefois entouré de résidences aristocratiques, a été un de ces quartiers abandonnés par l’élite carioca qui préférait aller s’installer au bord de la mer. Ainsi, le Campo de São Cristóvão est devenu un lieu de rencontre des nouveaux arrivés du Nord-Est à Rio de Janeiro avec leurs compatriotes, installés depuis plus longtemps dans cette ville7.

 

C’était le Nord-Est qui ressurgissait de l’odeur du sarapatel, de la vue des objets colorés vendus sur des nappes étalées par terre, des accents caractéristiques et surtout des voix des poètes qui racontaient ces histoires que le public nordestin écoutait, depuis l’enfance, sur les marchés de sa terre natale.


Fig. 1. La foire des nordestinos au Campo de São Cristóvão, 1974

(Jornal do Brasil : Coleção CPDOC in Nemer, 2011: 6-7)

 

 

Ces histoires et ces mémoires où l’on peut ressentir tout le drame des sécheresses et de la migration constituent, dans la vision du migrant, le premier chapitre de l’histoire de la Feira de São Cristóvão.

 

 

2. Les migrants des sécheresses: Il ne pleut plus au sertão8

 

La dure condition de vie provoquée par la sécheresse, associée au manque de conditions minimales permettant la survie dans sa terre natale constituent les éléments formateurs du cadre dans lequel le migrant inscrit son destin, décrit sa trajectoire et choisit son avenir.

 

Le désespoir, la tristesse, la mort et la dévastation sont les signes d’une expérience commune que la littérature de cordel9, en tant qu’expression d’une réalité vécue par l’auteur et partagée avec toute la communauté migrante, traduit avec maîtrise :

 

A seca está devorando
O Nordeste castigando
E o
nordestino chorando
Sem fazer mais plantação
De fava, milho e feijão
Nem trovão nem invernada
Não há mais terra molhada
Não chove mais no sertão

 

O gado urra com sede
Morre ao pé da parede
Seu dono desarma a rede
Vai procurar remissão
Arruma seu matulão
E segue sem ter demora
Dizendo estrada afora
Não chove mais no sertão

 

Viaja fazendo planos
Nos mais cruéis desenganos
Por passar anos e anos
Sem chover no seu torrão
Em cima dum caminhão
Via pra São Paulo ou Goiás
Dizendo adeus a seus pais
Não chove mais no sertão (A. Santos, 1993, p. 1)

 

Dans le folheto intitulé Os retirantes das secas, não chove mais no sertão, le poète populaire Apolônio Alves dos Santos, l’un des pionniers de la Feira de São Cristóvão, décrit non seulement sa propre trajectoire, mais en grande partie celle des migrants qui ont décidé de quitter le Nord-Est afin d'aller chercher de meilleures conditions de vie dans les régions plus riches et plus modernes du pays.


Fig.2. Les migrants du Nord-Est arrivent à Rio de Janeiro, 1968

(Agência O Globoin Nemer, 2011: 26)


 

Le poème, écrit à la troisième personne, montre une réalité de misère et d’abandon propre aux habitants du sertão qui reconnaissent une partie de leur histoire dans les mots simples, imprimés dans de petits livrets (folhetos) vendus à très bas prix par le poète lui-même dans des kiosques improvisés.

 

La sécheresse, une réalité climatique et sociale que la parcelle la plus riche de la société brésilienne ne connaît que par la littérature ou le cinéma, est ici racontée ou chantée dans les vers de la littérature de cordel. Elle y gagne une dimension particulière : à travers la voix du chanteur (cantador), le vers « não chove mais no sertão » qui clôture l’une des dix strophes du poème, n’apparaît pas seulement comme la représentation d’une expérience vécue ; il ressemble à une sentence qui indique la migration comme la seule solution.

 

La littérature de cordel inclut le passé dans le présent et fait que les histoires réelles ou imaginaires soient préservées et transmises à travers des générations d’auditeurs et de narrateurs. Elle agit comme instrument de préservation et de transmission des souvenirs que les gens ne veulent pas ni ne peuvent oublier.

 

C’étaient ces histoires qui attiraient les migrants tous les dimanches au Campo de São Cristóvão. Là-bas, le poète, entouré d’oreilles attentives et de regards nostalgiques, chantait, la guitare dans les bras et les vers en mémoire, le répertoire de sons et d'images connu et aimé par l’auditoire.

 

 

3. La foire des migrants du Nord-Est : Elle a commencé comme ça10

 

La réalité du sertão du Nord-Est sert de base au poète migrant pour s’adresser à sa communauté d’auditeurs dans les grandes villes de la région Sud-Est.

 

Dans sa langue, qui est aussi celle de son public, il traduit la souffrance de la séparation familiale et de l’abandon des terres, les aventures et mésaventures du voyage et, finalement, les difficultés rencontrées lors de l’arrivée à Rio de Janeiro.

 

En recourant au répertoire des chants et des contes populaires, ses vers répètent la saga de Viramundo11, personnage de la littérature de cordel qui montre, dans son voyage imaginaire, la trajectoire longue et ardue que le migrant parcourt à travers les chemins poussiéreux de la nouvelle Rio-Bahia12.

 

Soumis à l’inconfort de la traversée, sur les camions Pau-de-arara, à l’exposition au soleil et à la pluie, à la mauvaise alimentation, aux maladies et à plusieurs d’autres imprévus, il parvient enfin à sa destination.

 

Depois de dez, doze dias
Numa viagem sofrida
O Campo de São Cristóvão
Era o ponto de descida
Onde cada
nordestino
Procurava seu destino
Em busca da nova vida
(Santos, Azulão, s/d, 1)

 

À l’arrivée sur le Campo de São Cristóvão, dernier arrêt des camions avant de repartir vers le Nord-Est avec le chargement de marchandises nécessaires à l’approvisionnement des marchés de la région, les nouveaux arrivants rencontraient la dure réalité de la grande ville.

 

Ici, le récit commence sur le lieu d’arrivée des camions où se retrouvent de plus en plus de migrants en quête d’aide et d’un moyen de gagner leur vie à Rio.

 

Quando os caminhões chegavam
No começo da semana
Os
nordestinos ficavam
Comendo pão e banana
Esperando alguém chegar
No domingo, e os levar
Pra obra em Copacabana
(Santos, Azulão, 2007, 4)

 

Sans emploi, sans famille, sans toit, beaucoup de migrants passaient leurs journées à flâner pendant plusieurs jours après leur arrivée. En fait, ils déambulaient dans les rues du quartier à la recherche de nourriture, d’un petit coin où s’installer, d’un travail ou d’un peu d’argent pour aller récupérer leurs valises que le chauffeur du camion Pau-de-arara conservait comme caution jusqu'à ce que le paiement du voyage soit complété.

 

Dormant sous les arbres alors qu’ils attendaient la possibilité d’un travail, beaucoup de migrants étaient amenés à camper autour du lieu où les camions arrivaient. Ainsi, ce lieu vit apparaître un petit commerce de produits typiques. C’était l’émergence de la Feira de São Cristóvão. À quel moment précis, nul ne peut le dire.

 

Isso já foi no final
Da década de quarenta
O sofrer dos
nordestinos
Quem viu ainda lamenta
E a feirinha a seguir
Só começou a se expandir
No início de cinqüenta. (
Ibid, p 4)

 

 

4. Le Recoin de la poésie

 

Dans les grandes villes, les espaces à proximité des centres commerciaux, administratifs et économiques ont étés traditionnellement occupés par les segments sociaux hégémoniques qui ont bénéficié de la division capitaliste du territoire urbain. Cette division a expulsé les minorités socio-économiques qui se sont installées dans les périphéries (Lago, 2000).

 

Ce processus, qui a commencé à Rio de Janeiro au début du XXe siècle avec les réformes de Pereira Passos, s’est intensifié au cours des années 1950 lorsque la Capitale Fédérale de l’époque était en plein processus de modernisation, d’occupation immobilière vers la zone sud de la ville et d’augmentation de la demande de main-d’œuvre pour occuper les postes de travail sur les chantiers.

 

La Capitale Fédérale a donc adopté une politique moins restrictive d’utilisation des espaces proches du centre de la ville par la population pauvre qui a ainsi profité de l’opportunité pour occuper quelques espaces comme le Campo de São Cristóvão, par exemple, où la Feira de São Cristóvão a été installée pendant plusieurs décennies. Juste après sa création, la foire s’est transformée en un immense centre de traditions du Nord-Est à Rio de Janeiro. Le plus grand probablement.

 

A l’intérieur de cet espace, un lieu attirait, plus particulièrement, l’attention du public. C’était le Cantinho da poesia, ou le Recoin de la poésie, considéré comme le cœur de la Feira de São Cristóvão par les visiteurs habituels qui étaient replongés dans leur passé lorsqu’ils écoutaient des histoires sur les saints, les cangaceiros, les braves, les princesses, les royaumes lointains et les paradis perdus.

 

Comme São Saruê, ce pays imaginaire créé par le poète populaire Manoel Camilo dos Santos, le Cantinho da Poesia représentait un refuge dans lequel la douleur se transformait en joie, le travail en repos, la carence en abondance.

 

Doutor mestre pensamento
me disse um dia: -Você
Camilo vá visitar
o país São Saruê
pois é o lugar melhor
que neste mundo se vê.

 

Eu que desde pequenino
sempre ouvia falar
nesse tal São Saruê
destinei-me a viajar
com ordem do pensamento
fui conhecer o lugar.

 

Iniciei a viagem
as quatro da madrugada
tomei o carro da brisa
passei pela alvorada
junto do quebrar da barra
eu vi a aurora abismada. (M. Santos, s/d, p. 1)

 

Au Cantinho da Poesia, on expérimentait les mêmes sensations de rêve et d’évasion déclenchées par les histoires racontées dans les folhetos. Là-bas, le migrant avait l’opportunité de bénéficier de cette liberté d’expression que lui était refusée ailleurs.

 

La possibilité qu’avait le poète d’évoquer les souvenirs, de reconstruire les identités et de faire revivre le passé, l’érigeait en symbole de référence dans son cercle social. Cette situation gagnait plus de relief encore car le passé était associé à la nostalgie, comme c’était l’habitude chez les migrants. Dans ce cas, la littérature de cordel assumait une fonction de pont, le poète de véhicule de liaison entre le passé et le présent et le Cantinho da poesia de moyen d’accès à une mémoire transmise à travers les temps, qui dépendait de la voix du poète ainsi que de l’espace occupé par celui-ci et par son public afin de parvenir à se reproduire.


Fig. 3. Mestre Azulão déclame à laFeira de São Cristóvão, 1973 (Agência O Globo in Nemer, 2011: 58)


 

Lieu privilégié de vente de folhetos, de présentation de chanteurs et de duos d’improvisateurs (repentistas), le Cantinho da poesia devint un espace synthèse de la culture du Nord-Est du Brésil, pratiquée à la Feira de São Cristóvão. La Feira elle-même devint un point sur la carte de Rio de Janeiro réservé à la musique, à la littérature et aux produits de la gastronomie et de l’artisanat du Nord-Est.

 

Toutes ces significations et ces valeurs passèrent par un processus de réélaboration à partir de 2003, lorsque la feira fut installée dans le Pavilhão de São Cristóvão.

 

 

5. L’officialisation du populaire13

 

Lieu de mémoire de la communauté de migrants dans la ville de Rio de Janeiro, la Feira de São Cristóvão, après que forains, cordelistas et clients assidus ont lutté pour son maintien au Campo de São Cristóvão, a subi une grande intervention en 2003 par le pouvoir public qui a décidé de la déplacer au Pavilhão de São Cristóvão. Ainsi est né le Centro Municipal Luiz Gonzaga de Tradições nordestinas.

 

Le changement dans la structure de la Feira de São Cristóvão a été réalisé en trois étapes successives : tout d’abord, en 1982, la fin de sa situation de clandestinité a été déterminée ; cette situation caractérisait, depuis la création de la foire, dans les années 1940, son moyen d’existence. Ensuite, par la Loi 2052, promulguée en 1993, son maintien au Campo de São Cristóvão a été accordé. Finalement, en 2003, non seulement son déplacement au Pavilhão a été réalisé, mais ; son insertion dans le nouveau marché de biens culturels de la ville et du pays a été pleinement formalisée.

 

Il s’agit donc d’un long processus d’appropriation par le pouvoir public de l’espace occupé par les pratiques et les biens de la culture populaire du Nord-Est. Tout au long de ce processus, cette culture, considérée comme une expression du passé, voire du retard, et donc comme un obstacle à l’avancée de la modernisation en cours dans la ville de Rio de Janeiro, a passé d'une condition de marginalité à un statut commercial. C’est ainsi qu’on perçoit un changement dans le ton du discours sur la foire qui a connu, dans le même temps, un renforcement de sa dimension symbolique et une modification de sa structure opérationnelle.


Feira de São Cristóvão : Vue d’en haut, 2011 (photographie de César Duarte)14

 

 

A l’intérieur du Pavilhão, le contrôle de l’espace est devenu beaucoup plus strict. Ce qui a provoqué l’élimination de plusieurs forains, en raison de l’impossibilité de faire face aux exigences de la nouvelle direction, ou à cause des activités pratiquées à l’air libre et qui n’étaient pas autorisées à l'intérieur de la nouvelle foire où la diversité devait respecter une sorte de standardisation. Nourriture standard : tous les aliments sont emballés et disposés de façon attrayante sur les comptoirs. Objets standards : tous, plus ou moins, suivent la même ligne de production (même champ sémantique) et sont exposés de la même manière, en respectant l’harmonie des couleurs et l’équilibre des formes.

 

L’idéal de la nouvelle foire était de supprimer les traces d’informalité et d’improvisation qui caractérisaient l’ancienne. L’idée de foire devait rester, désormais contrôlée. C’est ce qui était en jeu dans la proposition de Agamenon de Almeida : transformer la foire en un parc thématique15.

 

Bien que l’idée du président de la COOPCAMPO semble comique tant elle est inappropriée, elle n’est pas complètement dénuée de fondement. Quoique par des trajectoires distinctes par rapport à celles idéalisées par son mentor, qui prétendait installer la foire dans un espace libre très éloigné du centre de la ville, le projet a été en quelque sorte réalisé. Une courte promenade dans les rues et avenues qui traversent la foire permet de le constater.

 

En fait, avant même de passer les tourniquets installés aux entrées du Pavilhão, on rencontre déjà plusieurs symboles de la culture du Nord-Est sous forme spectaculaire. Près de l’entrée principale, un photographe sur un âne offre aux enfants un tour et une photo sur l’animal. À côté, une statue en bronze de Luiz Gonzaga accueille les visiteurs et leur rappelle qu’ici l’attraction principale est bien le Nord-Est. Mais ce n’est qu’un début.

 

A mesure qu'on pénètre effectivement dans l’espace de la foire, la sensation d’entrer dans un parc d’attractions s'accentue. Ici, là et partout, on voit un Nord-Est stylisé et représenté par des têtes de bœuf, des chapeaux en cuir, des berrantes, des citrouilles, des cocos, des ananas, des cactus, des cocotiers, des berimbaus, des accordéons, des tambourins, des hamacs, des carrancas et plusieurs d’autres choses qui invitent le visiteurs à se souvenir et à consommer.

 

Attraction spéciale dans le scénario de la foire, les restaurants, presque tous décorés par des professionnels renommés, offrent, outre l’ambiance unique, un service spécial de réceptionnistes et de serveurs déguisés selon une vision folklorique du Nord-Est, portant par exemple des costumes de baiana et de cangaceiro.

 

Devant l'un des restaurants les mieux placés et recherchés par la clientèle de la foire, les statues de Lampião et Maria Bonita accueillent les gens qui veulent déguster les délices culinaires nordestins.

 

Disposés sur des plateaux en argile claire, soigneusement couverts avec du film PVC alimentaire, les plats typiques du Nord-Est comme la carne de sol, le manioc frit, la viande séchée avec de la citrouille, la farofa et le riz au lait, sont exposés sur des tables longues placées devant les vitrines des restaurants. Ce type de plat, décoré avec des rondelles d’oignon et de tomate, du citron et de l’orange, est très apprécié au Sud-Est et il est également servi comme spécialité dans la plupart de ces restaurants.

 

Loin d’être une unanimité hors de la région semi-aride du Nord-Est, les recettes comme le sarapatel et la buchada de bode, très appréciées par les sertanejos, ne font pas partie des schémas d’exposition des restaurants, bien qu’elles puissent être proposées à un client.

 

Les restaurants, avec leurs salons bien décorés, fermés avec des vitres et climatisés, sont installés sur la promenade principale du Pavilhão entre les places João do Vale et Jackson do Pandeiro, lieux réservés aux grandes attractions musicales de la foire.

 

Les concerts de célébrités du show business du Nord-Est sont une grande attraction de la foire, où des publics nombreux, représentant différentes classes sociales et groupes d'âge, chantent et dansent, transformant l’audience en un grand spectacle.

 

Scène de plusieurs tendances, rythmes et styles, le Centro Luiz Gonzaga de Tradições nordestinas, comme l’indique un reportage publié en août 2005 dans le guide Programa do Jornal do Brasil, « représente une tradition, il y a des gens du Nord-Est, mais en fait peu de traditions du Nord-Est »16.

 

L’article, qui fait partie d’une édition du guide dédié à la Feira de São Cristóvão, souligne les nouvelles tendances qui, deux ans après son ouverture au Pavilhão, ont gagné du terrain dans la Feira où « Les karaokés et les pizzerias se partagent l’espace avec le forró et la carne de sol »17.

 

Selon Zé da Onça, un musicien de la Paraíba qui joue à l’accordéon à São Cristóvão depuis 1964, le mélange entre l’accordéon et le clavier ne représente pas une menace. D’après lui, « Le forró pé-de-serra a son public fidèle et le forró de groupe aussi. Personne n’a pris le spectateur de personne »18.

 

L’opinion de Zé da Onça n’est pas générale. Selon les visiteurs et les artistes traditionnels de la Feira de São Cristóvão, la présence de la culture populaire du Nord-Est à Rio de Janeiro fait face à une profonde crise d’identité, en fonction des changements subis par son espace principal d’existence.

 

A partir des observations qui circulent à propos de la foire, on a l’impression que le migrant du Nord-Est ne s'identifie plus avec ce lieu qui a été, pendant plusieurs décennies, son principal point de référence dans la ville de Rio de Janeiro.

 

Hoje a Feira está completamente,
Avançada, moderna e esquisita
Não há mais pé de serra nem coquista
Pouca prosa e bastante barulhenta
nordestino não mais se alimenta
Das lembranças do tempo que passou
Precisamos rever o que sobrou
Pra que ela volte a ser verdadeira
Com sessenta e dois anos, nossa Feira
São Cristóvão saúda o Redentor. (VÁRIOS, 2007, p 11)

 

Pour le migrant, non seulement l’espace, mais presque tout a changé dans la foire : on ne mange plus les mêmes choses, on n’écoute plus la même musique, on ne rencontre plus les mêmes personnes. Alors que reste-t-il ? Selon le cinéaste Guel Arraes : la nostalgie.

 

Les migrants cherchent à combler leur « manque » de Nord-Est à la Feira de São Cristóvão. Les cariocas, quant à eux, y inventent la nostalgie du Nord-Est.19

 

 

6. Où est le poète ?

 

Dans les années 1940, le reporter radio Almirante animait une émission appelée Onde está o poeta (« Où est le poète ? ») transmis par la Rádio Tupy de Rio de Janeiro.Cette émission présentait des artistes qui, sans être célèbres, avaient leur place dans l’univers de la poésie et des chansons traditionnelles.

 

A la même époque, Luiz Gonzaga se lançait dans le monde des radios à Rio de Janeiro, où il participait à des émissions comme la célèbre No mundo do baião transmise par Radio Nacional qui présentait les artistes consacrés de la musique typique du Nord-Est.

Entre 1940 et 1950, Tupy et Nacional ont été les stations de radio qui touchaient le public le plus large et dont l’impact populaire était le plus fort. Toucher ses microphones était le rêve de tous les artistes de la voix. C’était le moyen le plus facile et rapide de conquérir le public, d'être célèbre et de réussir dans la carrière artistique.

 

Mais ce n’était pas, évidemment, accessible à tous. Luiz Gonzaga a été l’un de ceux qui ont eu de la chance. Élu roi du baião, il est devenu, en peu de temps, non seulement un symbole de la musique et de la culture du Nord-Est, mais aussi une icône représentée comme un sertanejo portant le gilet de cuir du bouvier (gibão)et son chapeau en cuir.

 

Fruit d’une époque où le nouveau monde du spectacle commençait à pénétrer dans le vieux monde des traditions, le nom de Luiz Gonzaga a été choisi pour baptiser le nouvel espace occupé par la culture et les traditions du Nord-Est dans la ville de Rio de Janeiro. Cependant, ce choix n’a pas été dû au hasard.

 

Le Centro Luiz Gonzaga de Tradições nordestinas, nous l'avons dit, cherche à représenter une tradition ; on y trouve des gens du Nord-Est, mais très peu de traditions au sens propre. Ce qu'on y voit, selon l’article publié dans le Jornal do Brasil, c’est un spectacle de la tradition du Nord-Est qui attire les médias, la foule des fans et les célébrités du forró et du axé music. Avec eux, la tradition du Nord-Est a trouvé enfin son lieu. Et le poète, quelle place a-t-il dans ce nouveau lieu ?

 

La géographie de la nouvelle foire est une sorte de représentation des lieux occupés par les traditions du Nord-Est à Rio de Janeiro.

 

Aux extrémités de la carte, se trouvent les places principales, baptisées du nom d’artistes nordestins consacrés comme João do Vale et Jackson do Pandeiro.

 

Au centre de la carte, au point de convergence de la promenade qui relie les deux places principales, se trouve la place Catolé do Rocha, nom donné en hommage à la ville homonyme, localisée dans l’état de la Paraíba, considérée comme le berceau de la poésie de cordel et des poètes populaires les plus célèbres du Brésil : Silvino Pirauá de Lima, Francisco das Chagas Batista et Leandro Gomes de Barros. Cette place est véritablement le lieu réservé au cordel, au repente (chant improvisé) et aux chansons sur la carte de la nouvelle foire.

 

Connu comme la Tenda dos repentistas, l’espace est recouvert par une tente bleue qui délimite l’aire réservée à la poésie traditionnelle. Cet espace, structuré en cercle, est entouré, sur un côté du demi-cercle, par des kiosques réservés à la vente de folhetos de cordel, de gravures sur bois et de CDs, tandis que de l’autre côté, sur de longs bancs en bois s’assoient ceux qui veulent assister aux représentations, réalisées sur la petite scène installée au centre de la tente. Normalement, les improvisateurs du repente, les repentistas, s’y présentent par deux. Les poètes de cordel n’ont de place, sous la tente, que pour vendre leurs folhetos20.

 

Les repentistas (chanteurs/improvisateurs), avec leurs guitares et leurs vers improvisés, faisant face au public et tirant profit de tout ce qui se passe autour d’eux, parviennent à attirer sous la tente un public qui cherche soit à se reposer un peu sur les bancs, soit à écouter vraiment leurs vers. Le public regarde les présentations, s’amuse des vers échangés entre le poète et le public ; le public suggère des sujets pour l’improvisation suivante, il applaudit et donne quelques reais (monnaie brésilienne) pour remercier les poètes. En somme, le public participe vraiment au spectacle et maintient vivant le lien entre le poète et son public, ce qui constitue la condition primordiale de la réalisation de la poésie orale, populaire et traditionnelle.

 

Le public d’aujourd’hui, contrairement à celui de l’ancienne foire des années 1950 et qui écoutait les romances sous forme de chansons, n’interagit pas avec le poète. Ces personnes ne s’intéressent pas non plus aux thèmes, elles ne s’insèrent pas dans la logique du récit et ne partagent pas les attentes qu’implique la poésie de cordel. Ainsi, le lien entre le public et le poète a été effacé et ce dernier a dû choisir d’autres voies.

 

Depuis sa création à Rio de Janeiro dans les années 1940, la tradition du Nord-Est suit donc deux chemins distincts : celui des médias et celui des foires.

 

 

7. Luiz Gonzaga et Azulão, origines communes et destins différents.

 

Luiz Gonzaga a contribué à la promotion de la musique et des rythmes du Nord-Est dans tout le pays ; il est devenu célèbre à Rio de Janeiro ; il a participé, avec son partenaire Zé Dantas, au programme No mundo do baião, et réalisé plusieurs présentations dans les réceptions présidentielles ; il est devenu le Roi du baião, symbole du Nord-Est, patron de la Feira de São Cristóvão. Il a été honoré par un folheto de cordel écrit par l’actuel directeur de la foire, Marcus Lucenna.

 

Luiz Gonzaga mostrou
Como se dança o baião
E o Brasil todo aprendeu
Prestando bem atenção
Sua sanfona gemeu
E o verde se estendeu
Por “riba” da plantação. (Lucenna, 2009, p. 8)

 

Azulão a aidé à créer la Feira de São Cristóvão et à propager les vers du romanceiro traditionnel du Nord-Est à Rio de Janeiro ; il a chanté sur les places, foires et chantiers, en faisant revivre le Nord-Est dans la mémoire de ses compatriotes ; il a participé avec Palmeirinha et autres artistes anonymes au programme Onde está o poeta ; son art, présent dans la mémoire de la Feira de São Cristóvão, a été rappelé à travers les vers de cordel, écrits pour la célébration des 62 ans d’existence de ce lieu.

 

No cantar de Azulão e Palmeirinha
No famoso programa de Almirante
Em um tempo que vai muito distante
A cultura de um povo assim caminha
Rapadura, feijão, beiju, farinha
O destino por sábio professor
A viola empunhada com amor
Sob um peito entoando a gemedeira
Com sessenta e dois anos, nossa Feira
São Cristóvão saúda o Redentor. (Vários,
2009, p. 2)

 

Aujourd’hui, à plus de 80 ans, Azulão fait partie de la galerie de types marquants de l’art du cordel pratiqué à Rio de Janeiro. Présent dans toute l’histoire de la Feira de São Cristóvão depuis son apparition au Campo de São Cristóvão entre 1940 et 1950 jusqu’à son déplacement à l’intérieur du Pavilhão, Azulão est un ‘personnage’ très important dans ce milieu. Connu par les plus vieux poètes comme par les plus jeunes, il n’a jamais arrêté de chanter, de composer et de vendre ses folhetos. La Feira de São Cristóvão est toujours son lieu de travail, mais, à la différence des autres cordélistes, il a préféré monter son kiosque à l’écart de la Tenda dos repentistas, trop bruyante à ses yeux.

 

Fidèle au vieux style, le poète, accompagné de son inséparable guitare, n’a pas abandonné le chant, les romances et les histoires chantées. À sa manière, il continue à vendre ses folhetos. Chaque dimanche, on peut le trouver dans le seul kiosque installé à l’entrée principale de la foire.

 

Parmi les poètes actifs de la première génération de cordélistes de la Feira de São Cristóvão, Azulão est le seul à y travailler encore. Les deux autres, âgés également de 70 et 80 ans, ne travaillent plus à la foire, mais ils y reviennent en visite, de façon sporadique.

 

Gonçalo Ferreira da Silva occupe le poste de président de l’Academia Brasileira de Literatura de Cordel depuis sa création dans les années 1980. Très actif, le poète, en plus d’être le président de l’ABLC, continue à écrire et à publier ses folhetos, à organiser des livres et anthologies, à participer à des conférences et des entrevues, à visiter les universités et les collèges, à voyager à travers le Brésil, etc. Il maintient donc une grande activité dans les différents segments de la littérature de cordel qui, actuellement, non seulement connaît des changements significatifs, mais semble à la recherche de nouveaux chemins pour sa rénovation.

 

La ABLC ou Casa de Cultura São Saruê, dont le siège social est installé dans une ancienne maison du quartier de Santa Teresa, est un de ces lieux où se discutent les orientations de la littérature de cordel et où l’on cherche à préserver sa mémoire. C’est là qu’on peut rencontrer Gonçalo habituellement.

 

Le dernier des trois cordélistes qui étaient déjà présents aux temps de l’ancienne foire s’appelle Raimundo Santa Helena. Il est le poète le plus polémique et extravagant de l’histoire de la Feira de São Cristóvão, dont il est considéré comme le créateur.

 

C’est ici que commence la polémique car la version du poète, sur la création de la foire, est considérée comme la version officielle, causant ainsi une certaine animosité parmi les poètes, qui ont également participé aux premiers moments de la foire.

 

Comme créateur symbolique de la Feira de São Cristóvão, Santa Helena s’y rend chaque année, pour fêter l’anniversaire de sa création. Pour lui, aujourd’hui, la foire se résume à sa magnifique collection de documents de tous types et sur tous supports, cassettes, DVD, CDs, cassettes VHS, coupures de journaux, brochures, manifestes, photos, dessins, gravures sur bois, billets, lettres et autres manuscrits. Son but est d’organiser et de récupérer ce matériel dont une grande partie a été détruite par les nombreuses inondations qui ont touché sa résidence, située dans un quartier périphérique de Rio de Janeiro.

 

Obstiné dans la tâche de préservation de la mémoire de la littérature de cordel pratiquée à la Feira de São Cristóvão, le poète a transformé sa propre maison en musée : le Museu de Cordel Raimundo Santa Helena. C’est ici, au milieu de boîtes à documents et entre des murs entièrement couverts de couvertures de folhetos de cordel, qu’on peut le trouver.

 

Chacun à sa manière et dans son coin – dans son Recoin de la poésie – tente de réinventer le passé, représenté par la migration, par la Feira de São Cristóvão et, surtout, par les folhetos de cordel, qui permettent de réélaborer les expériences vécues, de les transformer en histoires et de réinventer ainsi la nostalgie, la transformant en mémoire.

 

TRADUIT DU PORTUGAIS (BRÉSIL) PAR LIVIA NEMER

 

 

 

 

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1 Titre donné au dépliant de José João dos Santos – Azulão A Feira dos nordestinos no Campo de São Cristóvão (Santos, Azulão, 1982).

2 Le projet, de l’architecte Sergio Bernardes, commence à la fin des années 1950 et le bâtiment est inauguré en 1962.

3 Le texte Capitalismo tardio e sociabilidade moderna de João Manuel Cardoso Mello et Fernando Novais aborde la relation entre modernisation et migration et lui apporte une grande contribution. (Mello e Novais, in: Schwarcz, 1998, 559-658).

4 Cette expression, devenue courante dans le vocabulaire brésilien, a ses origines dans le livre homonyme, écrit en 1941 par l’écrivain autrichien Stephan Zweig, en exil au Brésil pendant la guerre.

5 Ces images pouvaient être vues fréquemment dans les pages de la revue O Cruzeiro dont la politique éditoriale consistait à informer l’opinion publique des progrès en cours dans le pays.

6 La vision stéréotypée à propos des migrants apparaît fréquemment dans les articles de journaux publiés par la presse de Rio des années 1950, comme on peut voir clairement, par exemple, dans l’article de David Nasser, Rio, perdoa o ingrato, publié dans la revue O Cruzeiro du 07 mai 1960. (Nasser, 1960)

7 En plein développement économique dans les années 1950, la ville de Rio de Janeiro, selon LucianaCorreaLago en Desigualdades e segregação na metrópole, était habituée à “tolérer la présence de quelques travailleurs pauvres dans des régions spécifiques du coreet à libérer les grandes zones périphériques pour que les autres puissent s’y installer.” (Lago, 2000, 63)

8 Titre donné au folheto de Apolônio Alves dos Santos Os retirantes das secas: não chove mais no sertão (A. Santos, 1993)

9 Idelette Muzart-Fonseca dos Santos. La littérature de cordel au Brésil: mémoire des voix, grenier d’histoires. Paris: L’Harmattan, 1997.

10 Titre du folheto de José João dos Santos – Azulão A Feira nordestina: Foi assim que começou (Santos, Azulão, 2007)

11 Pour Idelette Muzart-Fonseca dos Santos (1997), il existe un modèle à partir des récits traditionnels, “celui auquel les poètes populaires recourent afin de créer les personnages picaresques, coquins ou ‘jaunes’ (amarelinhos) - allusion au métissage indéterminé -, que sont Cancão de Fogo, Pedro Malasartes, João Grilo […] De la même manière, les histoires « exagérées », qui hésitent entre le merveilleux et le rire, comme la série Vira-Mundo de João José da Silva” (Santos I, 2006 : 76). De la série Vira-Mundo, qui a neuf titres publiés, trois titres sont dans la collection de la Fundação Casa de Rui Barbosa: A história de Vira-Mundo, Cava-Mundo et Gonçalinho Vira-Mundo.

12 La route Rio-Bahia a été ouverte par le gouvernement du président Dutra, mais elle a été terminée et inaugurée en 1963 pendant l’administration du président João Goulart.

13 Article de Viviane Nogueira, publié, sous le titre Popular com papel passado, dans la revue Rio cultura de décembre 2000 – janvier 2001.

14 Publiée sur: Nemer, 2011, 93

15 En entrevue donnée à André Cardoso, Agamenon Almeida aborde le sujet: “il va avoir tout ce qu’il y a ici, mais ça va être mieux là-bas, on va recommencer de zéro […] on va demander de l’argent pour y rentrer […] ça va être comme un parc thématique. (Cardoso, 2006, 94)

16 « [...] tem tradição, tem nordestinos, mas tem pouca tradição nordestina », mentionné dans l’article Crise de identidade publié dans Revista Programa du Jornal do Brasil 19-25/08/2005.

17 [...] videokês e pizzarias dividem espaço com forró e carne de sol: sous-titre de l’article cité ci-dessus.

18 « O forró pé-de-serra tem o seu público fiel e o forró de grupo também. Ninguém roubou espctador de ninguém », commentaire de Zé da Onça (Revista Programa du Jornal do Brasil, 23).

19 « Os nordestinos matam a saudade do Nordeste na Feira de São Cristóvão. Os cariocas inventam a saudade do Nordeste na Feira de São Cristóvão », remarque de Guel Arraes dans Opiniões, revue A Prefeitura do Rio

20 Voir Sonia Giacomini, Sociabilidade, gênero e emoções num espaço de lazer popular: os cordéis na Feira de São Cristóvão (Giacomini, s/d).




 

Pour citer cet article:

 

NEMER, Sylvia. «Les voix migrantes : la littérature de cordel à la Feira de São Cristóvão, Rio de Janeiro (1940-2010)», Plural Pluriel - revue des cultures de langue portugaise, n°12, printemps-été 2015, [En ligne] URL: www.pluralpluriel.org. ISSN: 1760-5504.