GONÇALVES, Dercy (Santa Maria Madalena (RJ, Brésil), 1907 — Rio de Janeiro, 2008), comédienne, metteur en scène, auteure.
De ses 101 années de vie (qui aurait dû être 103 en raison du retard à déclarer sa naissance), la comédienne en a consacré plus de 80 à la carrière artistique et créé l’image d’une humoriste spontanée et pornographique, par son irrévérence et son esprit osé. Devenue le symbole d’un théâtre improvisé et bouffon, elle incarne également la résistance esthétique, éthique et professionnelle d’une longue trajectoire.
Dolores Gonçalves Costa n’est pas allé longtemps à l’école et à 17 ans, elle s’enfuit de la maison paternelle pour suivre la Compagnie Maria Castro, où elle reçoit sa première formation théâtrale. En 1930, elle chante dans un groupe de théâtre itinérant, Os Pascoalinos, et imite les actrices célèbres de son temps. Elle connaît le succès comme chanteuse avec la Compagnie Casa de Caboclo, de Paschoal Segreto, mais la tuberculose la contraint à interrompre cette carrière et c’est dans le Théâtre de Revue des années 40 et 50 que Dercy s’affirme comme une diva.
Après 1954, elle se consacre presque exclusivement à la comédie, avec de rares mélodrames, comme La Dame aux camélias, d’Alexandre Dumas Fils. Elle joue en 1958 dans une pièce adaptée spécialement pour elle à partir de Dorotéia de Nelson Rodrigues.
A partir des années 1960, elle se lance dans une carrière pionnière de woman show : elle écrit, dirige et met en scène ses propres spectacles, qui laissent une large place à l’improvisation, avec un rythme et une remarquable aisance sur scène, en dialogue permanent avec le public. Elle joue sa dernière comédie, “Pot-PourRir” en 2007, lors d’un hommage aux meilleurs comédiens et humoristes brésiliens.
Sa carrière cinématographique est également longue, de 1943 à 2008, dans plus de 40 films, comédies ou chanchadas – comédie parodique caractéristique du cinéma brésilien de l’époque, avec les grands acteurs que furent Grande Otelo et Oscarito.
Sa présence à la télévision, dès 1963, s’affirme dans différents programmes. De 1966 à 1969 elle présente à la TV Globo un programme populaire, Dercy de Verdade, qui fut interdit par la censure du régime militaire. La censure la poursuivit d’ailleurs tout au long de sa carrière, dès les années 1930 jusqu’aux années 1980, en raison de son extrême liberté de ton et de gestes sur scène, associée à un goût affiché de la provocation, le deboche.
Malgré le mépris affiché de la critique, elle atteint sur le tard la reconnaissance de son art avec de nombreux trophées, l’hommage populaire d’une Ecole de Samba du Carnaval de Rio de Janeiro et, en 2002, la médaille de la Présidence de la République pour ses 75 ans de carrière. Maria Adelaide Amaral* lui consacre un livre en 1994, Dercy de Cabo a Rabo, livre narré par l’actrice elle-même qui conclut l’entrevue en ces termes : « J’ai 88 ans. Qui oserait m’arrêter ? Qui aurait le courage de le faire ? Qu’il y vienne? Et je le recevrai à coup de fesses.”
Entrevue avec Dercy Gonçalves, à l’âge de 82 ans, dans Roda Viva em 1986:
Ref : AMARAL, Maria Adelaide, Dercy de cabo a rabo, São Paulo, Globo, 1994; www.itaucultural.org.br; www.terra.com.br/istoegente;
(AVP-IMFS)