Numéro 1: comptes rendus - Diálogos Lusófonos : Literatura e Cinema

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Numéro 1: comptes rendus
Diálogos Lusófonos : Literatura e Cinema
Les îles du Cap-Vert
Ode a Ariano Suassuna
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Diálogos Lusófonos : Literatura e Cinema

 

Anabela Dinis Branco de Oliveira, et al. (org.), Diálogos Lusófonos : Literatura e Cinema, Vila Real : Centro de Estudos em Letras – Universidade de Trás-os-Montes e Alto Douro, 2008, 220 p., Collection Cultura 1.

 

Le volume Diálogos Lusófonos: Literatura e Cinema réunit, comme son titre l’indique, des études croisées entre la littérature et le cinéma lusophones dans une perspective ouvertement dialogique. La publication de cet ouvrage est une matérialisation du projet intitulé « Littérature, Cinéma et Multiculturalisme dans le monde lusophone », qui a vu le jour en 2006 à l’initiative des Universités de Trás-os-Montes e Alto Douro (UTAD) et Paris Ouest Nanterre (Paris X), dans le cadre des Actions Luso-Françaises Intégrées (AUI). Ce projet prévoit ainsi l’organisation de plusieurs colloques internationaux. Dans le présent volume sont donc consignés les actes des deux premières manifestations scientifiques, réalisées à Nanterre en novembre 2006 et à Vila Real en mars 2007, entreprises sous le signe des regards croisés. Regards croisés, non seulement du point de vue du lien entre cinéma et littérature, mais aussi entre lusophonie et multiculturalisme. Notons au passage que la publication, en un seul volume, des communications appartenant à deux colloques séparés dans le temps et dans l’espace renforce d’emblée l’idée d’échange inhérente à ce projet.

 

En effet, le lecteur de ces dialogues lusophones pourra constater à quel point les textes qui les composent répondent à une démarche profondément dialectique, et ce à plusieurs égards. D’une part, dans l’optique des relations fécondes entre la littérature et le cinéma, à l’aide de problématiques récurrentes telles que la frontière diffuse entre ‘adaptation’ et ‘transposition’ filmique, la réappropriation de l’Histoire par le biais de la fiction, ou bien les diverses figures de l’identité. D’autre part, et cela constitue à mes yeux un aspect saisissant de cet ouvrage, dans le domaine linguistique et culturel, la lusophonie – terme très en vogue en ces temps d’accord orthographique – est envisagée comme un espace foncièrement porteur d’un caractère multiculturel qui nous permet de voyager de la Gândara portugaise jusqu’au Nordeste brésilien, en passant par le Macao du début du XXe siècle ou bien par l’archipel du Cap-Vert, la composante linguistique faisant office de dénominateur commun de l’ensemble de regards ici exposés. Comme souligné dans l’introduction à l’ouvrage, la lusophonie est conçue en termes de travelling géographique, faisant d’elle un objet à la fois mouvant et multiple, dont la toile de fond est l’étude de l’image littéraire et cinématographique.

 

Et si l’on insiste ici tout particulièrement sur la thématique des regards, cela se doit à la place centrale de ce terme dans l’articulation du livre publié par l’Université de Trás-os-Montes e Alto Douro. La table des matières dévoile, à cet effet, l’importance des regards pour la construction du livre. À examiner de plus près, la question du regard qui se dégage des différentes images figure comme un leitmotiv de ce volume critique. Le nombre et la diversité des textes nous empêchant de faire référence spécifique à chacun d’entre eux, nous nous contenterons de signaler ici les principales tendances qui se dégagent des textes réunis dans cet ouvrage.

 

Pour le cas des adaptations cinématographiques, la multiplicité des visions couvre un spectre assez ample, puisqu’il va de la conception de l’œuvre romanesque jusqu’à la réception du film par le spectateur, sans oublier le dialogue implicite entre écrivain et réalisateur. Ainsi, le volume contient plusieurs exemples de la richesse inhérente à la multiplicité de regards présents dans les cas des adaptations filmiques, que ce soit le cas du roman capverdien revisité par un cinéaste portugais à l’aide de comédiens brésiliens, ou encore celui de la tentative de « cinéma total » entreprise par Manoel de Oliveira dans l’adaptation du roman Amour de Perdition, et dans lequel la réception (française !) joue un rôle de premier ordre dans la reconnaissance de l’œuvre.

 

Par ailleurs, l’un des axes majeurs qui parcourent cette étude sur les relations entre cinéma et littérature au sein de la lusophonie est celui de l’identité. Ainsi, la vision du réalisateur vis-à-vis du texte littéraire conditionne à bien des égards la question identitaire, en ceci que l’Histoire, telle qu’elle apparaît projetée sur l’écran, semblerait apporter des éléments nouveaux par rapport à la version livrée dans le texte littéraire. Les textes consacrés au roman O Bobo d’Alexandre Herculano, ainsi qu’aux implications qui se dégagent de la transposition cinématographique (mais aussi de la performance scénique), constituent à cet effet un exemple probant de ce renouvellement de la problématique identitaire. Du côté des œuvres brésiliennes, les thématiques de l’oppression et de la dictature en ressortent renforcées dans les adaptations filmiques appartenant au cinema novo. À noter également, dans le domaine de la culture populaire, l’importance jouée par l’esthétique télévisuelle non seulement du point de vue de la diffusion des œuvres littéraires (avec A Escrava Isaura de Guimarães) mais aussi sur le plan de leurs métamorphoses narratives et thématiques (pour Auto da Compadecida de Suassuna).

 

Somme toute, ce premier volume, placé sous le signe des regards croisés, semble cristalliser opportunément les premiers pas de la réflexion féconde sur les relations entre cinéma et littérature dans le contexte lusophone. Or, le lecteur n’est confronté qu’au début de cette entreprise. Depuis, les colloques se succèdent : tandis que le cinquième colloque du projet, centré sur le thème « Littérature et Cinéma comme ‘interpellation du pays’ », aura lieu à Nanterre le 20 octobre 2008, les actes des troisième et quatrième colloques sont à ce jour en phase de préparation.

 

 

 

 

Felipe Cammaert

Universidade de Lisboa / Centro de Estudos Comparatistas

Université Paris Ouest Nanterre La Défense / CRILUS